Samedi 3 décembre 2005
 Tranches de vie: Concours de dessin...




Cette semaine, remise des prix du "concours de dessin" annuel de l’institution…

 Les dessins retenus serviront à  faire les cartes de vœux de l’établissement.
Jusque là, rien que du banal.


Si ce n’est que le directeur …dût remettre en guise de prix aux « artistes » de l’année 2005…une peluche du meilleur effet !!!

Passé le moment de la colère, de l’indignation (serons nous payés en peluches le mois prochain ?)...il reste à nous interroger, à réfléchir et à travailler.

Comprendre pourquoi nous pouvons autant « déraper »...

De tels événements, me semblent souvent banaux , récurrents, dans les lieux accueillant des personnes, dites entre autres, « déficientes intellectuelles »…Violences ordinaires, acceptées, minimisées .

Moments ou le sujet disparaît pour n’être plus que "l’éternel enfant", le « simple » ne sachant ni lire, ni compter, se satisfaisant de peu, si peu !

Moments où les actes, paroles, actions et créations des usagers comptent « pour de faux »,  suscitent notre sourire amusé et condescendant…

 

Ce micro événement/ratage  institutionnel   soulève, (au moins) deux questions essentielles :

 

Tout d’abord celui de la « reconnaissance » et de la « considération » que nous portons au travail (créatif dans ce cas précis ») fourni par un usager d’établissement médico-social.

Les résidant(e)s se sont investi(e)s dans ce concours de dessin, ils y ont passé du temps : celui pour acheter feuilles et matériel nécessaire, celui de la création, celui du choix du dessin à présenter, celui du « vote » face à l’ensemble des dessins produits dans l’ensemble de l’établissement… Certains ont du lors des résultats faire face à leur déception : accepter de concourir, c’est aussi accepter de perdre et de reconnaître celui ou celle qui a été  choisi(e).

Les dessins/peintures retenues seront le support des vœux que l’établissement offrira en janvier 2006.

La distribution de babioles pelucheuses, fluorescentes et fournies gratuitement (par un magasin quelconque nous confondant sans doute avec la crèche la plus proche) vient se moquer de la créativité et du travail engagé  par les usagers de l’établissement. Quelques amies ou membres de ma famille exposent parfois leur toiles…a ce jour leur minime contribution à l’art pictural ne s’est jamais traduite en peluche ou carambar !

 

Enfin abordons la question du « sens ».


Le travail éducatif consiste souvent à « accrocher » du sens, à permettre que des événements, des actions se lient entre eux pour faire sens…

En l’occurrence quel est le lien entre « concours de dessin » et peluche » aucun !

D’ailleurs plusieurs résidants du groupe ou j’interviens (ceux pour qui la vie est plus compliquée, les choses plus difficiles à articuler entre elles)  n’en sont pas « revenus », plusieurs heures après ils me demandaient encore pourquoi ils n’avaient pas eu de peluches, n’arrivant pas a faire le lien avec le concours de dessin…malgré mes tentatives de resituer l’événement.
En fait comment expliquer l’inexplicable, l"insensé" !

 Travailler sur le « sens » et la « reconnaissance »…

Des crayons, feuilles, peintures,
bref tout ce qui contribue matériellement à accroître et encourager la créativité des usagers, leur expression (avec ou sans notre accompagnement) l’aurait permis.
A condition que la réflexion,
la quête du sens inséparables de l'action éducative ne nous fassent défaut!

 
 

Un dernier mot sur l’essentiel de ce qui surgit tapi de cette petite histoire de peluches : c'est-à-dire la difficulté à penser l’autre comme sujet humain  ( mosaïque comme  tout  humain), et la coexistence  de ces deux termes adulte et handicapé.

Le choix de la peluche n’est pas anodin, il vient renforcer la représentation de la personne vivant en foyer dit « occupationnel »  comme avant tout « infantile ». Les difficultés intellectuelles et psychiques des résidants viennent gommer l’ensemble de leur « être », il sont réduits à cela, « enfants perpétuels ».
Et lorsque des actes sont posés, qui nous font voir un des multiples autres aspects de leur personnalité (en l’occurrence en ce cas précis, la capacité à produire une œuvre procurant un plaisir à ceux ou celles qui la regardent..), celui-ci est vite « éjecté » de nos représentations.. pour faire place à nos représentations habituelles et simplificatrices .

Et cela n’est pas la moindre des « violences » exercées à leur égard.


Dans la «mosaïque personnelle» du résidant en Foyer occupationnel, la déficience intellectuelle, les difficultés psychiques ne sont  qu’une pièce (parmi d’autres…) de son puzzle…

Si je la nie, je ne peux avoir une représentation réalistement approximative de la personne que je vais rencontrer, accompagner et parfois étayer…

Mais si j’élimine les autres pièces du puzzle pour ne garder que celle-ci…la représentation que j’ai d’elle en sera tout autant sûrement faussée…et la rencontre, l’accompagnement et l’éventuel étayage tout autant impossible.

par catherinepolet publié dans : Tranches de vie
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