« Il s'habille tout seul... mais »
« Il sait faire un choix, mais... »
Litanie désormais bien rodée de nos synthèses et évaluations!
Aux dossiers émaillés de jugements et d’ « a priori » succèdent ceux où les choses ne peuvent ou ne savent être nommées, ou les difficultés disparaissent de peur d’être perçues négativement …
Il y a quelques années l’usager était a priori incompétent (incompétence souvent étendue à son milieu familial) et tant notre regard que les projets mis en place partaient essentiellement de ses handicaps, de sa pathologie, et les discussions pour mettre en place un accompagnement étaient de ce fait peu dynamiques s’enlisant dans les symptômes les plus manifestes.
Nous savons sans doute mieux prendre en compte et prendre appui désormais sur les possibilités, les besoins, les goûts (affirmés ou repérés), les compétences (même parfois simplement la capacité à être là, et a manifester son intérêt).En quelque sorte nous nous centrons davantage sur le sujet présent et bien vivant !
Mais cette démarche « positive » indique souvent bien davantage nos projections personnelles/collectives et injonctions normatives que la réalité vécue des personnes que nous côtoyons dont elle gomme tout un aspect de ce qui aussi les constitue.
Fragilités, souffrances, incapacités (pas seulement situationnelles ou dues à une mauvaise « accessibilité environnementale)…bref ce qui tout autant que le dynamisme, l’épanouissement, l’autonomie, la performance constitue une part incontournable de notre humanité faillible et limitée !
Elle est le reflet d’une société où a priori il faut faire preuve individuellement, chacun de façon personnalisée, d’une certaine positivité, savoir « gérer sa vie »que l’on soit « riche et célèbre » ou « pauvre, sans boulot et malade »..
Pour pouvoir accompagner quelqu’un il est important de petit à petit mieux connaître ses possibilités, mais aussi ses difficultés, ce qui le heurte et le fait souffrir, ce qui le bloque et l’empêche d’agir, de vivre…
Quotidiennement plein de gestes, à la bonne distance et au bon moment, permettent à ces personnes une vie plus pacifiée, plus sereine, plus vivante…mais il me semble important de nommer tous ces gestes, de savoir qu’ils sont nécessaires (et parfois pour de très longues années) dans leur répétition et non de les nier, de les gommer (« il s’habille seul »…gagne a être remplacé par « pour s’habiller a besoin de »…ou « s’habille avec telle ou telle aide »…).
D’ailleurs nous voyons bien que ce « gommage » de réalité fonctionne comme un voile, une idéologie lorsque des personnes nouvelles arrivent en remplacement par exemple…ils sont perplexes sur ce qu’il faut concrètement faire et être auprès des usagers car cohabitent deux discours. Le premier, le politiquement correct, qui voit l’usager dans son autonomie « idéalisée » et le second qui intervient comme il peut, réalité oblige.
Réalité que se charge d’ailleurs de vous rappeler collègues et direction si vous aviez pris le premier discours pour argent comptant … « Tiens F. est mal rasé aujourd’hui, tu ne lui as pas donné un coup de main pour l’aider à fignoler… » Et pourtant tu avais bien lu « se rase seul » !
Si le vocabulaire, relatif au personnes handicapées ou en difficultés psychiques, employé autrefois était on ne peut plus stigmatisant, assignant à « résidence » et en quelque sorte souvent assassin quant à la personne ainsi décrite et désignée…celui d’aujourd’hui me semble dans sa positivité convenue tout autant aliénante puisque gommant toute une partie de la vie.
En fait rien n’a vraiment bougé puisque dans les deux cas, il me semble que nos conduites sont principalement dictées par la peur des différences, l’attirance pour ce qui nous serait semblable, identique à ce que nous reconnaissons comme « normalité » (que ce soit par le rejet et l’exclusion « hors humanité » ou par le gommage de ce qui fait l’unicité et les appartenances de chacun).
En stigmatisant ou en me cantonnant au politiquement correct je réduis le plus souvent ce qui constitue l’humanité au modèle que je m’en fais, comme un reflet de ce que je suis moi même ou de mes croyances/normes sur le sujet. Dans les deux cas je suis dans l’exclusion de ce qui fait la singularité de chaque sujet humain, de ce qui constitue la vie et ses incontournables : possibilités et incapacités, droits et devoirs, plaisirs et frustrations, joie et souffrances!
En gommant l’inacceptable, la souffrance, les comportements et les « être au monde » dérangeants, parfois même inacceptables (comme l’automutilation) nous ne gommerons pas la réalité…nous nous priverons simplement des moyens, de la créativité nécessaire à mettre en œuvre pour effectuer notre travail et en rendre compte !

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Des mots et des maux : 


L’institution où je travaille n’est pas un simple lieu d’ « hébergement » !!!!


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