Dimanche 9 avril 2006

 

 

« Il est autonome...mais »

« Il s'habille tout seul... mais »

« Il sait faire un choix, mais... »

Litanie désormais bien rodée de nos synthèses et évaluations!


 Sans compter certaines fiches accompagnants les vacanciers en séjours « adaptés » extérieurs à l’établissement…où étaient à peine indiquées les étayages nécessaires à la dite autonomie quotidienne !

 
Aux dossiers émaillés de jugements et d’ « a priori » succèdent ceux où les choses ne peuvent ou ne savent être nommées, ou les difficultés disparaissent de peur d’être perçues négativement 

 

 Sur le social comme ailleurs, les modes changent et le vocabulaire adopté pour parler nos rencontres et nos pratiques dit quelque chose de l’idéologie qui nous fait bouger et de nos conceptions de l’humain  accordées à l’air du temps.

 
 

Il y a quelques années l’usager était a priori incompétent  (incompétence souvent étendue à son milieu familial) et tant notre regard que les projets mis en place partaient essentiellement de ses handicaps, de sa pathologie, et les discussions pour mettre en place un accompagnement étaient de ce fait peu dynamiques s’enlisant dans les symptômes les plus manifestes.

Nous savons sans doute mieux prendre en compte et prendre appui désormais sur les possibilités, les besoins, les goûts (affirmés ou repérés), les compétences (même  parfois simplement la capacité à être là, et a manifester son intérêt).En quelque sorte nous nous centrons davantage sur le sujet présent et bien vivant !

 
Mais cette démarche « positive » indique souvent bien davantage nos projections personnelles/collectives et injonctions normatives que la réalité vécue des personnes que nous côtoyons dont elle gomme tout un aspect de ce qui aussi les constitue.

Fragilités, souffrances, incapacités (pas seulement situationnelles ou dues à une mauvaise « accessibilité environnementale)…bref ce qui tout autant que le dynamisme, l’épanouissement, l’autonomie, la performance constitue une part incontournable de notre humanité faillible et limitée !

 
Elle est le reflet d’une société où a priori il faut faire preuve individuellement, chacun de façon personnalisée, d’une certaine positivité, savoir « gérer sa vie »que l’on soit « riche et célèbre » ou « pauvre, sans boulot et malade »..

 


Pour pouvoir accompagner quelqu’un il est important de petit à petit mieux connaître ses possibilités, mais aussi ses difficultés, ce qui le heurte et le fait souffrir, ce qui le bloque et l’empêche d’agir, de vivre…

Quotidiennement plein de gestes, à la bonne distance et au bon moment, permettent à ces personnes une vie plus pacifiée, plus sereine, plus vivante…mais il me semble important de nommer tous ces gestes, de savoir qu’ils sont nécessaires (et parfois pour de très longues années) dans leur répétition et non de les nier, de les gommer (« il s’habille seul »…gagne a être remplacé par  « pour s’habiller a besoin de »…ou « s’habille avec telle ou telle aide »…).


D’ailleurs nous voyons bien que ce « gommage » de réalité fonctionne comme un voile, une idéologie lorsque des personnes nouvelles arrivent en remplacement par exemple…ils sont perplexes sur ce qu’il faut concrètement faire et être auprès des usagers car cohabitent deux discours. Le premier, le politiquement correct, qui voit l’usager dans son autonomie « idéalisée » et  le second qui intervient comme il peut, réalité oblige.

Réalité que se charge d’ailleurs de vous rappeler collègues et direction si vous aviez pris le premier discours pour argent comptant … « Tiens F. est mal rasé aujourd’hui, tu ne lui as pas donné un coup de main pour l’aider à fignoler… » Et  pourtant tu avais bien lu « se rase seul » !

 

 

Si le vocabulaire, relatif au personnes handicapées ou en difficultés psychiques,  employé  autrefois était on ne peut plus stigmatisant, assignant à « résidence » et en quelque sorte souvent assassin quant à la personne ainsi décrite et désignée…celui d’aujourd’hui me semble dans sa positivité convenue tout autant aliénante puisque gommant toute une partie de la vie.

 

En fait rien n’a vraiment bougé puisque dans les deux cas, il me semble que nos conduites sont principalement dictées par  la peur des différences, l’attirance pour  ce qui nous serait semblable, identique à ce que  nous reconnaissons comme « normalité » (que ce soit par le rejet  et l’exclusion « hors humanité » ou par le gommage de ce qui fait l’unicité et les appartenances de chacun).

 

En stigmatisant ou en me cantonnant au politiquement correct je réduis le plus souvent ce qui constitue l’humanité au modèle que je m’en fais,  comme un reflet de ce que je suis moi même ou de mes croyances/normes sur le sujet. Dans les deux cas je suis dans l’exclusion de ce qui fait la singularité de chaque sujet humain, de ce qui constitue la vie et ses incontournables : possibilités et incapacités, droits et devoirs, plaisirs et frustrations, joie et souffrances!

 

En gommant l’inacceptable, la souffrance, les comportements et les « être au monde » dérangeants, parfois même inacceptables (comme l’automutilation) nous ne gommerons pas la réalité…nous nous priverons simplement des moyens, de la créativité nécessaire à mettre en œuvre pour effectuer notre travail et en rendre compte !









 A écouter sans modération....
par catherinepolet publié dans : Regard critique
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Samedi 10 décembre 2005
Des mots et des maux :
le cadre et ses avatars...


Expressions, à modulation variable, de plus en plus courantes chez les professionnels:

« Il a besoin de cadre ».. »

« Il faut mettre du cadre »

« Il a besoin d’être cadré »…

…et tout est dit, airs entendus et complices…affirmations posées et réflexions évacuées trop rapidement
derrière ce récurrent « prêt à penser » éducatif.

 

Bien sûr, c’est un peu mieux (encore que..) peut être que la version « éternellement irresponsable de ses actes » que nous avons pu connaître autrefois pour les personnes adultes handicapées…
Eternels enfants, éternellement irresponsables de leurs actes, inaccessibles à une approche éducative/humaine normale (avec son cortége d’interdits, frustrations, de non et de limites posées qui si elles étaient reconnues nécessaires à l’existence subjective de tout un chacun ne l’était pas pour ces « hors humanité »).

 

Il est admis désormais que repères, limites, règles permettent  aux résidant(e)s de prendre une place, leur place de sujet humain, avec les droits et devoirs inhérents … tout en tenant compte, pour les professionnels, des difficultés de ceux-ci (difficultés spécifiques à chacun, un par un.. alors que les dites règles et repères structurant sont « collectifs », « sociaux »..).

 

De plus en plus utilisés, les mots « cadre » et « cadrer »…signifient souvent pour les professionnels l’obligation (y compris par la coercition ») pour un résidant de se plier aux règles de vie et de fonctionnement, règles écrites et parfois… non écrites…
La « sanction » prend alors une place privilégiée afin de venir faire comprendre à l’autre l’obligation formelle  de ne pas sortir du "dit cadre"…

Il me semble que la seule application d’un « cadre » (parfois défini dans un protocole spécifique à un usager) ne doit pas « résumer » l’intervention des professionnels.
Il y a confusion entre les règles de vie socialement admises, fétichisées, et l’importance pour que la vie soit possible (pour chacun un à un et pour tous « ensemble ») de les faire vivre au quotidien.




L’essentiel pour un éduc est de permettre à chacun d’intégrer ces règles « humanisantes » et de développer les interventions, passerelles, éducatives qui favorisent cette intégration, en tenant compte des difficultés/capacités de chacun.

En effet les résidant(e)s me semblent avoir besoin de limites, de repères…mais justement pour intégrer ces limites, ces repères (psychiques personnels ou sociaux)…ils ont surtout besoin  de passerelles, d’étayages personnalisés patiemment construits et fréquemment évalués…

Certes, nous faisons « butée » quand la « toute puissance » se manifeste, nous signifions concrètement les « limites » de l’agir (à l’égard de soi même ou à l’égard des autres) à ceux qui sont « perméables », ne savent ou ne peuvent à des moments donnés contenir leur « être » de façon bien définie, nous posons le « non » structurant quand cela est nécessaire…

Mais nous ne perdons pas de vue que si l’un de nos objectifs est que ces personnes intègrent, ce qui parfois leur fait défaut, pour vivre et habiter de façon plus apaisée le quotidien (justement fait d’usages, de règles, de contraintes, et de rapports aux autres)...nous le faisons en leur permettant également d’exister/s’affirmer comme sujet humain différencié/séparé, parlant (quelque soient les capacités verbales) et désirant…

Aussi, aujourd’hui, j’aime utiliser tout autant le terme d’ « étayage » que celui de « cadre »
dans mon exercice professionnel.


Etayages…

Ce sont tout ce que nous pouvons mettre en place le long d’une journée, actions parfois minuscules, paroles simples,   ou présentation d’ « objets » au bon moment, qui soutiennent la personne, rythment sa vie de façon contenante et sécurisante et parfois contribuent à éloigner l’angoisse qui déstructure.

Ce cadre, fait d’objets concrets et de paroles,
 fait « bordure » …au sujet…
Nous sommes alors loin de sa « compréhension/réduction » principalement coercitive.

Nous sommes alors plus proche du sens même du mot cadre…
tel que le définit le petit Robert…
et nous éloignons du sens « tauromachique »
du mot cadre qui fait frémir !

 

 

 

 Dans le "Petit Robert"..éclairages.

 

Cadre

  •       Bordure entourant une glace, un tableau, etc.

  •      Ce qui circonscrit, et par ext. entoure un espace, une scène, une action

  •    Structures imposées par la nature, la réalité (à la pensée), par les institutions (à la société), etc

Cadrer

  •    Aller bien avec qqch

  •   Disposer, mettre en place

  •  Tauromachie. Immobiliser (le taureau) avant de l'estoquer. Taureau cadré.

 

Etai

  •   Marine. Cordage tendu de l'avant du navire à la tête d'un mât et destiné à consolider ce mât contre les efforts qui s'exercent de l'avant à l'arrière

  • Grosse pièce de bois, de métal destinée à soutenir provisoirement

  • Fig. appui, soutien.

 

Etayer

  •        Soutenir à l'aide d'étais.

  •        Fig. Appuyer, soutenir.


 

 


par catherinepolet publié dans : Regard critique
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Dimanche 13 novembre 2005


A propos du libre choix...
et de son exercice!



Pour préparer les journées de travail 2006 du CREAI sur la question du libre choix des usagers en Foyer de vie, nous avions un questionnaire  à remplir au niveau de l’établissement.

Ce questionnaire concernait :

  • Les possibilités concrètes de choix au quotidien (hygiène, repas, habitat, loisirs, activités, consommation..),

  •  L’estimation de ce qui se fait, de ce qui semblerait faisable  ou   souhaitable…ainsi l’énumération de ce qui semble y faire obstacle

  • Le regard porté sur la pertinence des choix effectués par les usagers par les professionnels, ainsi que l’évaluation qu’ils en font..

Nous pouvions joindre les réflexions que nous inspirait ce questionnaire…ce sera l’objet de ce billet..

 


L’institution où je travaille n’est pas un simple lieu d’ « hébergement » !!!!


Tout d’abord une première remarque, les personnes résidant(e)s au Foyer Occupationnel du CB ne présentent pas le plus souvent uniquement une déficience intellectuelle…cela me parait particulièrement important lorsqu’on aborde la question du choix qui me semble intimement liée au positionnement de chaque individu comme sujet humain, comment il se débrouille avec ça et comme on le soutient (par notre intervention  éducative, thérapeutique…) pour qu’il avance sur cette voie. Certaines personnes sont confrontées à la psychose (dite déficitaire), l’autisme, ou des difficultés psychiques variées…quand d’autres le sont à la « normose »…en lien ou non avec une déficience intellectuelle. Quand une personne a du mal à exister, tout simplement, à habiter avec « sens »  les actes courants du quotidien…il s’agit plus souvent de construire des étayages qui lui permettent de tenir debout (somme sujet « séparé, individué »)… Ces étayages, en fournissant des repères externes à une personne (qui a un mode interne « dispersé »), un « rythme  de vie », ne permettent pas tellement d’introduire la notion de choix…tout simplement pour que le quotidien se déroule  avec moins d’angoisse…

 

Si la question du choix, de l’exercice des droits au quotidien d’une personne, handicapée ou non, est essentielle dans le travail éducatif, elle ne peut faire l’impasse de partir de chaque résidant, un par un…de construire les passerelles nécessaires pour que ce droit soit réellement effectif (pas une simple proclamation pieuse qui ne durera pas…). Elle suppose pour être réellement travaillée de tenir compte du parcours de chacun, d’en faire un des points du projet individualisé (en voyant ce qui peut être travaillé pour chaque résidant pour que ce droit/liberté soit accessible a minima.

 

  Sur quelques obstacles au développement de cette liberté ou de son accessibilité...


Du coté de l’encadrement et des usagers...

L’exercice du choix des résidant(e)s touche aux zones de pouvoir des professionnels, zones de pouvoir inconscientes mais bien matérialisées concrètement pour les usagers. Par exemple lorsque les usagers disent leur mot sur l’utilisation de l’argent du groupe (autrefois « zone réservée à l « équipe », lorsque le choix de l’environnement (vaisselle, canapés, aménagement divers,…) se fait avec eux (avec une matérialisation visible de leur avis…), lorsque la participation aux loisirs est libre…Il y a des résistances importantes…Car l’on s’aperçoit que cela modifie nos pratiques, nos façons de faire, oblige à construire projets et actions différemment (par exemple prendre plus de temps, renoncer à des idées qui nous emblaient intéressantes…mais pas du tout à l’usager). Cela explique que cette question du choix est souvent un « enjeu » dans les équipes de travail et cela dans tous les domaines de la vie du résidant (activité, consommation, loisir, habitat, sexualité, relations…)

Pour mon mémoire d’éduc, j’avais travaillé un questionnaire sur cette question du choix auprès de mon équipe de travail d’alors. J’en avais retiré, entre autres, que plus on était prés des domaines basiques de vie, davantage en lien avec la « fonction maternelle » (nourriture, santé, toilette) la question du choix des usagers était considéré peu pertinent  et difficile à mettre en œuvre…par contre sur les questions de consommation ou de loisirs, elle paraissait plus facile. Plus l’on s’éloigne des besoins « vitaux », essentiels (ou en lien avec « la préoccupation maternelle primaire » ou « dévotion maternelle »  dirait Paul Fustier), plus place est laissée à l’avis de l’usager. L’avis de l’usager est principalement requis dans les domaines du loisir, du supplément, l’essentiel étant assuré par l’institution et les professionnels qui y travaillent. L’institution, l’équipe tendent à fonctionner dans le prolongement d’un modèle familial protecteur, maternant. Sans nier que les personnes accueillies nécessitent souvent un accompagnement important sur ces besoins vitaux, il m’avait semblé qu’on pouvait faire un lien entre un encadrement parfois en « overdose » de « fonction maternelle » …et l’incapacité à imaginer du manque, de la séparation, de l’individuation…du choix dans ces moments là !!!

   L’exercice du choix dans un groupe suppose que chacun se positionne bien sur sa place…choisir quelque chose, c’est aussi encourir le risque que cela ne soit pas possible…donc de la part des encadrants d’expliciter leur réponses, d’en rendre compte d’une certaine façon aux usagers…et de devoir faire face à la frustration que cela peut engendrer. Mais n’est ce pas là une action qui permet à tous de progresser et de s’humaniser ! En effet devoir « rendre compte » permet (parfois) au professionnel de se rendre compte combien son intervention est « arbitraire »..et à l’ « usager » de progresser dans sa capacité à prendre en compte d’autres éléments que son désir/plaisir immédiat…


Enfin le choix est lié à l’exercice de capacités symboliques : compréhension, communication…Les résidant(e)s sont souvent exclu(e)s depuis longtemps (que ce soit dans leur environnement familial ou  institutionnel) de cet univers de rapidité, d’abstraction…de communication verbal… Donc là aussi si on ne veut pas vider de sens  le « libre choix des usagers »…il faut nous attacher  au niveau éducatif et institutionnel à ce qui va en favoriser le développement et l’exercice en partant des usagers…



Pour que l’exercice du libre choix des usagers
soit une réalité effective…
Encore et encore, du travail  éducatif !


Quoique nous pensions de la Loi 2002, elle peut permettre de mettre (ou remettre) à l’ordre du jour un certain nombre d’axes du travail éducatif autour de la question du sujet, que cela soit dans son existence psychique, individuelle de sujet humain ou dans son existence sociale citoyenne.

Le libre choix, comme l’ensemble de droits « actualisés » par la loi 2002 ne peuvent se mettre en place que si les professionnels réfléchissent à  leur intégration dans leur pratique professionnelle. …nous n’envisagerions pas de démocratie sans institutions, systèmes et lieux de son élaboration et de son exercice. Le libre choix ne peut s’exercer sans les espaces (psychiques et matériels) et les moyens/ conditions le « rendant accessible ».

 



J’ai pu constater que quand ceux-ci avaient des outils favorisant l’exercice de ce choix, la plupart s’en emparaient, à leur rythme…

 

Comme outils expérimentés, je citerai :

 

  • Les espaces : Réunions de résidants (réunion hebdomadaire du groupe de vie, commission menu ou différents moments d’entretien individuel pour  les activités, les taches quotidiennes), le CVS (et l’accompagnement nécessaire pour que la présence des usagers soit effective).

 

  • Les supports de communication : Utilisation de pictogrammes (pour  « écrire » le règlement de fonctionnement, indiquer son choix de courses…présenter une idée de sortie ou d’achat…)...C'est un  domaine où en nous pouvons nous appuyer sur les "possibles" (même parfois a minima) des usagers ... favorisant le passage à l'initiative de ceux ci en matiére de communication, demande, choix.

 

  • Prendre le temps  de la compréhension, de la  discussion, , du choix et de la décision ensemble …il n’y pas urgence ! Et cela en commençant par l’environnement immédiat, le quotidien…

 

  • Etre a l’affût et mémoriser/inscrire les paroles dites (verbales et non verbales) dans les différents moments du quotidien pour pouvoir les reprendre, confirmer l’expression, le choix, l’idée…

 

  • Une attention partagée sur ce sujet  par les différents intervenants de l’équipe…. Car c’est dans l’accompagnement quotidien que ça se joue, que des habitudes se prennent et qu'un climat s'instaure …



En guise de conclusion...


Pour conclure, une petite citation de Joseph Rouzel,
 tirée de "L'acte éducatif", éditions Eres, page 218...

«  Si l’on prend dans la clinique le parti du sujet, cela tire à conséquence. Le sujet n’est pas une permanence, il n’émerge que dans la parole. Le travailleur social doit donc être garant d’espaces protégés où la parole qui fait naître chaque sujet est prise en compte…dans tout espace de parole et de médiation, c’est la parole du sujet qui prime. Et la parole de chaque sujet, un par un et au cas par cas. Le travailleur social se fait gardien des seuils, gardien des espaces de rencontres entre humains. Une fois ces espaces construits, inventés, pas la peine de maîtriser, ni de contrôler…Si l’espace est là, le sujet sait ce qu’il a à en faire ».




par catherinepolet publié dans : Regard critique
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Mardi 1 novembre 2005

De la capacité à prendre un repas préparé :
 de l’usager « sujet » à l’ « usager client » ?

 

Pour développer un peu mon point de vue sur le type de problématique qu’induit à mon sens la grille « Evasion », je vais développer l’exemple de « la capacité à prendre un repas préparé »..

 

Si on l’analyse avec en tête l’assouvissement quantifiable d’un besoin (se nourrir) et des risques encourus à ce moment…on risque fort de se cantonner à un service minimum d’assistance immédiate : aide à s’alimenter, risque de fausse routes ou plus prosaïquement risques encourus en utilisant un matériel contondant, trop chaud, etc… !

 

Or avec les personnes  dites lourdement déficientes ou handicapées ou en difficulté psychique…la question de l’environnement et du contexte est primordiale… Nous connaissons tous des usagers incapables d’effectuer une même tache (y compris vitale en dehors d’un contexte repéré sécurisant, contenant et stimulant.

Sécurisant dans la mesure où il lui permet d’agir avec un minimum de risques pour un maximum de…satisfactions (bénéfices directement et indirectement liés à la nourriture).

Contenant dans la mesure où ce contexte répété lui permet de ne pas être « parasité »en permanence dans ses agirs les plus quotidiens, de pouvoir effectuer les actes liés à ce moment avec  l’autonomie possible et acceptable pour le sujet à ce moment de sa vie….

Et enfin stimulant dans la mesure où ce contexte, il est donné à la personne, sujet de sa propre vie et à elle seule, de s’en saisir pour en faire plus, éprouver d’autres satisfactions (par exemple la vie sociale et les échanges liée au repas..), se lancer dans des attitudes nouvelles et parfois des apprentissages tardifs…

 

La présence éducative, l’accompagnement lors des repas nécessite  pour les professionnels de mettre en œuvre bien plus qu’une présence à l’absorption d’aliments dans des conditions d’hygiène et de sécurité suffisante ! Bien sur, tous les éléments de « confort » permettant une meilleure accessibilité pour la personne à son repas doivent être pris en compte (mixer, couper en petits morceaux, tours d’assiettes…etc). Mais cela est loin de suffire, car pour tout un chacun, il y a interaction permanente entre le besoin…et des tas d’autres choses, c’est cela l’humaine condition !

Les « fausses routes » fréquentes  si une personne est très « énervée » lors du repas peuvent diminuer de façon significative (selon la cause) lorsque la personne aborde et vit le repas de façon plus sereine… Il s’agira alors de travailler sur l’espace utilisé (personnel et collectif), les relations possibles avec les autres (résidants ou encadrement) lors de ce moment, les exigences d’un moment de vie collectif et les aménagements individualisés qui peuvent y être apportés, les interactions verbales  qui ont lieu lors du repas, la place donnée (réelle et symbolique)  à chaque usager à ce moment précis dans le groupe de vie…

 

Concrètement, on voit bien que cette situation toute simple du repas ne peut se réduire en prestations de services quantifiables pour l’usager…ou pour faire plus « mode » le futur « client » que l’ex-« sujet », devenu « usager » ne saurait tarder devenir !

Comment faire le lien entre tout ce travail mis en oeuvre dans la vie quotidienne et la définition comptable de prestations de services délimitées  …Nous entendons souvent des collègues (AMP ou AS par exemple) nous expliquer combien il est difficile de travailler dans les structures pour personnes âgées où justement le temps d’accompagnement et de présence des personnels a été défini selon ce type de logique « besoins/services quantifiable »)…

Comment expliquer encore et encore que la vie est complexe, que la personne handicapée, comme toute personne humaine est complexe…La vie quotidienne ne peut se laisser enfermer dans une succession d’items rapides (…encore plus en Foyer Occupationnel / FAM), en effet de son adaptation (dans le sens de passerelles facilitatrices proposées au sujet, à chaque sujet) et de sa richesse dépendent la qualité de vie des personnes accueillies.

par catherinepolet publié dans : Regard critique
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Mardi 1 novembre 2005

Mise en boite du handicap…souriez vous êtes grillé(e)s !

 

 

On l’attendait…après la grille AGIRR pour les personnes âgées voici venir de la mise en boite des personnes handicapées et autres populations du secteur médico social !

Educatrice Spécialisée en Foyer Occupationnel, la rentrée 2005 est placée sous le signe de la quantification avec la grille « Evasion »…mon établissement ayant accepté de servir de test, comme plein d’autres, pour affiner, utiliser une nouvelle grille d’évaluation des populations accueillies dans les établissements médico-sociaux.

Il s’agit, nous dit on, d’obtenir une meilleure photographie des personnes présentes pour mieux répondre à leurs besoins…Pour ce faire sont explorées et notées (style C5, A1, B4) les dimensions somatiques, psychiques et sociales de chaque personne prise en charge par l’établissement.

Je passe sur l’humour des concepteurs qui ont baptisé cette grille « Evasion »…car à mon sens il s’agit plutôt d’une version libérale et moderne d’enfermement des individus et de leur vie afin de pouvoir  sous couvert de mieux délimiter leurs besoins, surtout rentabiliser leur prise en charge. Certes ça coûte cher dans les budgets de l’état et des conseils généraux  d’offrir un environnement adapté, des moyens de vie corrects et stimulants à des personnes forcément « hors circuit » du travail du fait de leur difficultés psychiques, intellectuelles et comportementales…

Mais bon derrière les questions retenues on voit bien poindre la quantification desbesoins…quantification se traduisant ensuite en temps d’accompagnement (direct à travers le suivi de la personne et indirect à travers les services  d’hébergement comme les repas, la lingerie, l’entretien des locaux et espaces…etc).

Cette quantification, se présentant comme neutre et technicienne (on remplit avec des chiffres, des lettres,…ça donne de la distance « pseudo expérimentale ») réduit la dimension du sujet à ses besoins d’une part (facile de dire si la personne peut ou non laver son linge, prendre un repas préparé seule..) et à la notion de risque/sécurité qui devient une des composantes majeures du social (il ne faut pas prendre de risques, tout doit être sécurisé au maximum, c’est comme ça qu’est compris de plus en plus la nécessité de « rendre compte » de notre travail, d’en répondre ).

Si je prend l’exemple de la capacité à prendre un repas…comment peut on quantifier ce qui va permettre au sujet de le prendre avec plaisir,  comme un moment de vie socialisé et socialisant, dans un environnement contenant, sécurisant et stimulant ? 

On découpe, on saucissonne les étayages permettant à la personne accueillie de vivre au quotidien…et dans cette dite « photo des besoins des individus », on oublie le cadre, le contexte, l’espace psychique et physique nécessaire  pour que quelque chose puisse se vivre, se dire (verbal ou non verbal), l’espace du désir et du « possible peut-être »…

De toutes ces évaluations, qu’est ce que les gestionnaires retiendront ? Qu’est ce qui sera retenu comme « bonnes pratiques » ? A quoi seront réduites les pratiques éducatives de demain ? Quelles logiques permettront d’attribuer  et de décider le personnel et le temps nécessaire à …la vie…tout simplement !

En attendant…comme tout le monde je remplis mes grilles !

par catherinepolet publié dans : Regard critique
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