"Fragments sur le handicap et la vulnérabilité"
de Charles Gardou (Editions Erés,2005)
et tente de les penser autrement...
La notion de norme et celle de catégorisation, telles qu'elles président aujourd'hui de manière inconsciente, obsessionnelle ou névrotique, se révèlent en effet si préjudiciables ! Qui ne voit les dégâts que, l'une et l'autre, génèrent ! Elles opposent, marginalisent, enferment. Situées du côté de l'unicité close, de la mesure et du systématique, elles sont à la fois prison identitaire, prétention à l'universel et domination. En même temps, elles sont fuite face au maquis de la complexité humaine, à ses bizarreries, discontinuités, abîmes et foyers de détresse. C'est pourquoi elles empêchent de connaître ceux qui ne sont pas « comme les autres », de construire avec eux à partir du lieu qui est le leur. A cause de la norme, on se fait parfois, sans en avoir conscience, assassin de leur identité. Alors même qu'ils espèrent une société sans oubliettes ni grilles, qu'ils attendent des courbes et des chemins ondulants, nous leur offrons un espace social trop carré, figé, clos. Nous sortons difficilement de la culture des lieux spécialisés et des territoires séparés, les conduisant à une existence insularisée, périphérisée. Pourquoi, par exemple, autant se préoccuper de l'accessibilité des établissements scolaires, des lieux de travail ou des logements, puisque nous leur offrons la possibilité de vivre ailleurs, dans des écoles, des ateliers protégés, des foyers de vie, qui leur sont adaptés et réservés ? D'un côté, les « bien-portants », qui constituent la majorité ; de l'autre, les « handicapés », considérés comme un groupe en soi, un genre, une humanité spécifique….
Or le handicap n'est qu'un des aspects spécifiques des problèmes généraux de notre humanité. Il ne fait qu'en jouer le rôle d'amplificateur. Le sort peut amener celui-ci ou un autre, sans aucune prévisibilité ni équité, à en être victime. Parce qu'il relève de l'ordinaire de la vie, il est à prendre en compte chaque fois que l'on pense l'homme et ses droits, que l'on éduque ou que l'on forme, que l'on élabore des règles et des lois, que l'on conçoit l'habitabilité sociale ou que l'on aménage les espaces citoyens, etc. C'est de cette seule manière que pourra s'accomplir la désinsularisation de ceux qui ne sont pas du bon côté du hasard….
En effet, rarement épidémie d'auto-centration et de paraître n'a été plus violente. L'individualisme est devenu la règle. Qui ne voit le cinéma des apparences : « Je montre, donc je suis » , « J'existe à coups de taille mannequin, à l'aune de mes gloires et de mes résultats au box-office » ! Avoir l'air, tout est là ! L'Homme s'est enflé à la fois d'une illusion d'auto-suffisance et d'une confiance illimitée en l'individu et en une société du bonheur individuel. Dans un monde s'apparentant de plus en plus à une vaste entreprise, les réussites scientifiques, l'ingéniosité à dominer la nature, la matière, la vie, l'univers et l'apparente aptitude à réaliser tout ce qui, jusqu'à maintenant, paraissait impossible, marquent d'assurances excessives notre culture du progrès. Il en découle un réel déséquilibre, dû à l'étiolement du lien entre citoyens et la dissolution de la communauté qui s'ensuit. Il n'est guère surprenant que les plus fragiles subissent puissamment les ondes de choc d'une société qui se révèle plus exigeante d'indépendance que de conscience de l'autre et ne parvient pas à se donner un sens supérieur par le lien à autrui…
La révolution culturelle est donc essentiellement là : dans une désacralisation de l'individu qui se voudrait parfait, immortel et auto-suffisant. C'est grâce à ceux que l'on qualifie de « dépendants » que notre culture se délestera de son poids de sécheresse. Ils peuvent permettre de refonder une société plus humaine, toute humaine, rien qu'humaine, faisant corps par l'inclusion de chacun et l'interaction entre tous. Les progrès en humanité de l'homo sapiens s'effectueront sous la double impulsion de l'homo socians, enclin à la reliance, et de l'homo universalis, ouvert à tout l'empan de l'humanité, refusant que la promotion des uns se nourrisse de l'exclusion des autres…
Experts en humanité, les blessés de la vie rappellent, puisque besoin est, que les hommes sont ainsi faits qu'ils ne peuvent habiter le monde que dans la quête et l'errance à perpétuité. Leur substance d'homme ne procède pas de leur esthétique extérieure, du vernis de leur paraître, ou de leurs gloires aussi illusoires qu'évanescentes. L'imperfection, le défaut, le manque sont profondément humains. La fragilité et la vulnérabilité constituent le sort commun. La vie méconnaît la rigueur mathématique : l'inconstance est sa caractéristique, sa réalité, son histoire, son devenir. Ni sillon tracé droit, ni mouvement rectiligne, elle est le temps des dérobades, des résistances, des fuites, des deuils. Elle est l'espace de la contingence, du mystère de l'inégalité, de l'inexorablement provisoire…
Ceux qui, par chance, jouissent de ce qui fait défaut à d'autres, ne disposent là que d'un bien éphémère dont, à tout instant, ils peuvent être privés. « Qu'est-ce que l'homme, ce demi-dieu si vanté, s'interrogeait Goethe. Ses forces ne lui manquent-elles pas précisément alors qu'elles lui sont le plus nécessaires ? Et quand il prend son essor dans la joie, ou qu'il s'abîme dans la douleur, n'est-il pas arrêté dans un sens ou dans l'autre et ramené au plat et froid sentiment de lui-même, juste au moment où il aspirait à la plénitude de l'infini ». Si l'incomplétude et la finitude, prix de l'existence, invitent à renoncer aux folles espérances de perfection et d'éternité terrestres, elles commandent également de donner le plus à ceux qui ont le moins. Or, que de fois n'entend-on pas dire qu'il est épuisant, déprimant de côtoyer ceux qui sont affectés par un handicap ! Il est malaisé, ajoute-t-on, de communiquer avec elles, de les comprendre, de se faire comprendre et fatiguant de changer de rythme, de se courber pour se mettre à leur portée, à leur niveau. En réalité, ce ne sont pas ces faux ajustements qui éprouvent les bien-portants, mais plutôt leurs difficultés à se hisser à leur hauteur. A s'en montrer dignes. A affronter le scandale de l'épreuve qui, sans prévenir, prend à contre-pied, lamine l'image que l'on se fait de l'être humain et contraint à s'en faire une autre, moins idyllique. A se confronter finalement à leur manque à être, à leur pauvreté essentielle, mais aussi à la question de la vérité de leur existence…
Le handicap brise la stratification de l'ordre établi, décolle les paillettes, arrache les masques qui déguisent les conduites sociales, fait tomber en abîme toute illusion humaine. Il confronte chacun à ce qu'il pourrait être, à ce qu'il peut devenir, ne serait-ce que par l'irrémédiable travail du temps. Il place tout être face à sa propre énigme. Face à ses détresses intérieures, à cette part de son intimité contenue dans l'autre, à ce qu'il veut tenir enfoui au tréfonds de lui-même. Face à l'étranger interne, qui habite tout sujet, en restant hors de sa prise ( ). La blessure de l'autre met en situation de crise et vient réveiller les peurs personnelles, les angoisses et les traumatismes refoulés…
Ces quelques extraits vous donnerons peut être envie d'en connaitre plus, en consultant les liens suivants :
http://www.edition-eres.com/resultat.php?Id=1543
http://www.lien-social.com/article.php3?id_article=867&id_groupe=8

Si le vocabulaire, relatif au personnes handicapées ou en difficultés psychiques,
Des mots et des maux :
Nous disons facilement des résidant(e)s
Enfin les fêtes de fin d’année sont aussi l’occasion de rentrer dans des circuits d’échanges, où une fois adulte…on devient
Des crayons, feuilles, peintures, …
L’institution où je travaille n’est pas un simple lieu d’ « hébergement » !!!!

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