Dimanche 9 avril 2006

 

 

« Il est autonome...mais »

« Il s'habille tout seul... mais »

« Il sait faire un choix, mais... »

Litanie désormais bien rodée de nos synthèses et évaluations!


 Sans compter certaines fiches accompagnants les vacanciers en séjours « adaptés » extérieurs à l’établissement…où étaient à peine indiquées les étayages nécessaires à la dite autonomie quotidienne !

 
Aux dossiers émaillés de jugements et d’ « a priori » succèdent ceux où les choses ne peuvent ou ne savent être nommées, ou les difficultés disparaissent de peur d’être perçues négativement 

 

 Sur le social comme ailleurs, les modes changent et le vocabulaire adopté pour parler nos rencontres et nos pratiques dit quelque chose de l’idéologie qui nous fait bouger et de nos conceptions de l’humain  accordées à l’air du temps.

 
 

Il y a quelques années l’usager était a priori incompétent  (incompétence souvent étendue à son milieu familial) et tant notre regard que les projets mis en place partaient essentiellement de ses handicaps, de sa pathologie, et les discussions pour mettre en place un accompagnement étaient de ce fait peu dynamiques s’enlisant dans les symptômes les plus manifestes.

Nous savons sans doute mieux prendre en compte et prendre appui désormais sur les possibilités, les besoins, les goûts (affirmés ou repérés), les compétences (même  parfois simplement la capacité à être là, et a manifester son intérêt).En quelque sorte nous nous centrons davantage sur le sujet présent et bien vivant !

 
Mais cette démarche « positive » indique souvent bien davantage nos projections personnelles/collectives et injonctions normatives que la réalité vécue des personnes que nous côtoyons dont elle gomme tout un aspect de ce qui aussi les constitue.

Fragilités, souffrances, incapacités (pas seulement situationnelles ou dues à une mauvaise « accessibilité environnementale)…bref ce qui tout autant que le dynamisme, l’épanouissement, l’autonomie, la performance constitue une part incontournable de notre humanité faillible et limitée !

 
Elle est le reflet d’une société où a priori il faut faire preuve individuellement, chacun de façon personnalisée, d’une certaine positivité, savoir « gérer sa vie »que l’on soit « riche et célèbre » ou « pauvre, sans boulot et malade »..

 


Pour pouvoir accompagner quelqu’un il est important de petit à petit mieux connaître ses possibilités, mais aussi ses difficultés, ce qui le heurte et le fait souffrir, ce qui le bloque et l’empêche d’agir, de vivre…

Quotidiennement plein de gestes, à la bonne distance et au bon moment, permettent à ces personnes une vie plus pacifiée, plus sereine, plus vivante…mais il me semble important de nommer tous ces gestes, de savoir qu’ils sont nécessaires (et parfois pour de très longues années) dans leur répétition et non de les nier, de les gommer (« il s’habille seul »…gagne a être remplacé par  « pour s’habiller a besoin de »…ou « s’habille avec telle ou telle aide »…).


D’ailleurs nous voyons bien que ce « gommage » de réalité fonctionne comme un voile, une idéologie lorsque des personnes nouvelles arrivent en remplacement par exemple…ils sont perplexes sur ce qu’il faut concrètement faire et être auprès des usagers car cohabitent deux discours. Le premier, le politiquement correct, qui voit l’usager dans son autonomie « idéalisée » et  le second qui intervient comme il peut, réalité oblige.

Réalité que se charge d’ailleurs de vous rappeler collègues et direction si vous aviez pris le premier discours pour argent comptant … « Tiens F. est mal rasé aujourd’hui, tu ne lui as pas donné un coup de main pour l’aider à fignoler… » Et  pourtant tu avais bien lu « se rase seul » !

 

 

Si le vocabulaire, relatif au personnes handicapées ou en difficultés psychiques,  employé  autrefois était on ne peut plus stigmatisant, assignant à « résidence » et en quelque sorte souvent assassin quant à la personne ainsi décrite et désignée…celui d’aujourd’hui me semble dans sa positivité convenue tout autant aliénante puisque gommant toute une partie de la vie.

 

En fait rien n’a vraiment bougé puisque dans les deux cas, il me semble que nos conduites sont principalement dictées par  la peur des différences, l’attirance pour  ce qui nous serait semblable, identique à ce que  nous reconnaissons comme « normalité » (que ce soit par le rejet  et l’exclusion « hors humanité » ou par le gommage de ce qui fait l’unicité et les appartenances de chacun).

 

En stigmatisant ou en me cantonnant au politiquement correct je réduis le plus souvent ce qui constitue l’humanité au modèle que je m’en fais,  comme un reflet de ce que je suis moi même ou de mes croyances/normes sur le sujet. Dans les deux cas je suis dans l’exclusion de ce qui fait la singularité de chaque sujet humain, de ce qui constitue la vie et ses incontournables : possibilités et incapacités, droits et devoirs, plaisirs et frustrations, joie et souffrances!

 

En gommant l’inacceptable, la souffrance, les comportements et les « être au monde » dérangeants, parfois même inacceptables (comme l’automutilation) nous ne gommerons pas la réalité…nous nous priverons simplement des moyens, de la créativité nécessaire à mettre en œuvre pour effectuer notre travail et en rendre compte !









 A écouter sans modération....
par catherinepolet publié dans : Regard critique
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Vendredi 24 mars 2006


  • Un des loisirs favoris de A. est le dessin, l'utilisation des couleurs : soit création à partir de formes qu’elle remplit avec méthode et sens certain des couleurs, soit en utilisation de livres de coloriage qu’elle aime s’acheter …Petite gêne des accompagnateurs, car les coloriages choisis sont ceux pour tout petits, personnages et animaux…graphismes simples et représentations asexuées.
  • Bientôt Pâques… à la vision des œufs et poules en chocolat (non confinés pour cause de grippe aviaire), les résidants du groupe souhaitent organiser un genre de « chasse aux œufs »…avec le rituel ad hoc : cacher, trouver, déguster !
  • B. est décédée dans l’établissement, son corps y est « préparé » pour la sépulture. B. aimait les bijoux clinquants ...ses préférés sont mis…certains s’interrogent, d’autres bijoux  (qu’elle a en sa possession, mais qu’elle utilisait moins) donneraient une image plus « adulte », plus « femme » de R….
  • D. va au cinéma voir un film « tout public » avec d’autres résidant(e)s  (« L’enquête corse »). Trop de bruit, trop d’actions, montre des signes de mal être durant la projection et en ressort étourdi…en discutant avec lui son choix est clair …il aurait préféré un dessin animé ou histoire animalière du style « Beethoven »…

 

Tranches de vie ..
où les accompagnants se renvoient la balle (maintenir l’autre dans un statut, une image infantile ou lui « donner » un statut d’adulte), se polarisent dans l’analyse de  leurs pratiques sur l’opposition « enfant/adulte », et cristallisent le débat sur l’inévitable dichotomie « infantilisation/statut d’adulte »…

 

Lorsque nous restons dans l’opposition habituelle adulte /enfant…il me semble que nous  restons en surface, nous accrochant aux comportements requis usuellement dans notre société, et souvent d’une façon restrictive, prisonniers de nos projections et points de vue éminemment personnels dans ce domaine…Notre discussion et nos souhaits d’intervention porte sur les manifestations extérieures (et donc éminemment relatives culturellement ..) , les signes visibles que nous lions à l’état dit « adulte ».

Les personnes que nous accompagnons devraient donc s’y conformer, s’y adapter manifestant ainsi un état « adulte », reflet de l’exercice d’une maturité psychique et cognitive, que nous nous efforçons de soutenir dans notre action éducative...

En quelque sorte nous sommes alors dans de l’adaptatif, du correctif…

L’état adulte opposé à celui d’enfant devient un but à atteindre,
un critère de discrimination essentiel de nos pratiques.

Quitte parfois à être bien loin du sujet que nous accompagnons dans nos propositions…le rendant tout aussi dépendant que dans la démarche opposée et autrefois majoritaire situant les personnes déficientes intellectuelles, en difficulté psychique comme des éternels enfants.

 

Bien évidemment la présentation d’objets stimulants, d’un environnement riche et favorisant cette croissance de l’individu de façon socialement adaptée fait partie de notre travail…et bien entendu il y a interaction entre ce qui est présenté et l’expression, les choix  d’une personne. 

Entre Disney World et Disney World …il n’y a pas d’espace pour le sujet, il y a enfermement, « assignation à résidence psychique » dans un espace donné… et là on peut alors à mon sens parler d’infantilisation.     


« Infantiliser : rendre infantile, donner à quelqu’un une mentalité, un comportement d’enfant. ». cf Petit Robert

Il me semble que dans ce débat il est nécessaire de se décaler…
...de réfléchir à ce qui fonde notre intervention.

Retour aux sources : l’enfant, l’infans c’est celui qui ne parle pas…


Notre préoccupation est que chacune des personnes présentes sur le groupe de vie ou nous intervenons  trouve son espace propre concrètement et psychiquement, qu’il puisse accéder à sa façon et à son rythme à ce qu’il est, en tant que sujet humain, à la fois  séparé (unique) et inséré dans des circuits d’échanges sociaux, affectifs. En bref qu'il puisse être, devenir celui qui "parle" et non uniquement celui dont on parle.


 Ainsi nos propositions conviendront à l’un et pas à l’autre…

et ne font pas sens de la même façon.

Tout d’abord parce que les goûts, les cultures et les habitudes peuvent différer (chacun à une histoire, un trajet familial, social).

Ensuite parce que les diversités psychiques, les différences cognitives, perceptives, les modes d’être au monde font varier les humains à l’infini…

Gardons nous de tendre la main à l’autre en nous situant d’un endroit où il ne pourra jamais la saisir…  sous prétexte que cette diversité demande de l’attention et que les différences, les difficultés psychiques et leurs manifestations concrètes dérangent notre vision ordonnée du monde.

 

A travers nos propositions éducatives, l’important au bout du compte est l’espace laissé au sujet pour s’en saisir (ou les refuser), la possibilité de « jeu » que nous lui laissons/ouvrons pour exister, créer souvent « rien qu’un peu » sa propre vie, exprimer ses désirs…

Il nous faut évaluer,  souvent dans l’instantanéité des gestes quotidiens, ce qui va soutenir cette émergence/affirmation du sujet.

Nous devons être capable de déterminer nos priorités avec chaque personne dans sa singularité  et de différencier les domaines où le manque d’adaptation minimum est particulièrement invalidant et où nous serons plus « normatifs » dans nos propositions et parfois exigences (par exemple l’aspect vestimentaire lors de sorties, le respect des règles sociales en vigueur dans les espaces collectifs institutionnels ou  les espaces publics…cinéma, restaurant..).

 
Faire l’économie de cette démarche serait de « l’infantilisation, en attribuant à l’autre une mentalité, un comportement d’enfant »
soit par manque d’exigences adaptées (celles qui invitent à exister un parmi les autres)…
soit par manque d’espace psychique (rendant l’autre dépendant de nos projections et désirs).

 

 

 

 

par catherinepolet publié dans : Tranches de vie
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Mercredi 4 janvier 2006
Crèche et laïcité….

ou comment l’on reconnaît une œuvre d’art

à ce qu’elle déchaîne passions et discussions !

 

Les faits :

Quelques jours avant Noël apparition dans le hall de l’établissement de l’œuvre collective représentée ci-dessous, réalisée au cours de l’année 2005 par les participant(e)s à l’ « atelier poterie ».

Cette exposition a suscité une réaction vive : la simple présence d’une crèche dans le hall serait incompatible avec la notion de laïcité et de neutralité…


 

 
 

Cet incident me semble pouvoir s' ouvrir
sur plusieurs axes de discussion :

  • tout d'abord la reconnaissance de la production/création des usagers,
  •  ensuite ce que nous estimons être "culturellement neutre"
  •  pour finir sur la laicité comme concept  "vivant"...

 

Tout d’abord, les usagers et leurs productions ont décidément bien peu de chances en cette fin d’année 2005 dans notre établissement  (après l’épisode du concours de dessin…).
Ceux-ci sont assez fiers de ce que l’on peut considérer comme une « installation…de saison » devant laquelle tout le monde s’arrête et discute.

La crèche semble faire partie du kit « déco de Noël » avec le sapin, le « père Noël et ses rennes » : il s’agit bien davantage alors d’une des représentations culturelles liées à Noël qu’un signe religieux ostentatoire. A cet égard, il me semble pouvoir affirmer que ladite crèche appartient tout autant au patrimoine culturel qu’au patrimoine cultuel

L’atelier « poterie » ne semble, en fin de compte, ne s’être rendu coupable que de pratique culturelle…et pas le moins du monde de pratique religieuse.

Quoique… A l’origine du  mot « religion», deux autres semblent le fonder: relegere « recueillir, rassembler » et religare « relier » …

Recueillir, rassembler, relier semblent bien faire partie des fonctions de la pratique créative artistique, musicale ou plastique…

 
Enfin, si la simple vue d’une crèche fait bondir notre laïque conscience, celle-ci n’est point très ébranlée par les citrouilles maléfiques d’Halloween, l’imagerie Dysneyland/MacDo, le culte de la Star Academy, les représentations culturelles libérales  et/ou sexistes ordinaires.

 

Tout cela n'est pas sans liens avec les discussions actuelles
 pour une laïcité vivante et (vivable), multiple,
 
davantage ouverture qu' « éradication »…
le rêve en quelque sorte !!!

par catherinepolet publié dans : Tranches de vie
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Samedi 10 décembre 2005
Des mots et des maux :
le cadre et ses avatars...


Expressions, à modulation variable, de plus en plus courantes chez les professionnels:

« Il a besoin de cadre ».. »

« Il faut mettre du cadre »

« Il a besoin d’être cadré »…

…et tout est dit, airs entendus et complices…affirmations posées et réflexions évacuées trop rapidement
derrière ce récurrent « prêt à penser » éducatif.

 

Bien sûr, c’est un peu mieux (encore que..) peut être que la version « éternellement irresponsable de ses actes » que nous avons pu connaître autrefois pour les personnes adultes handicapées…
Eternels enfants, éternellement irresponsables de leurs actes, inaccessibles à une approche éducative/humaine normale (avec son cortége d’interdits, frustrations, de non et de limites posées qui si elles étaient reconnues nécessaires à l’existence subjective de tout un chacun ne l’était pas pour ces « hors humanité »).

 

Il est admis désormais que repères, limites, règles permettent  aux résidant(e)s de prendre une place, leur place de sujet humain, avec les droits et devoirs inhérents … tout en tenant compte, pour les professionnels, des difficultés de ceux-ci (difficultés spécifiques à chacun, un par un.. alors que les dites règles et repères structurant sont « collectifs », « sociaux »..).

 

De plus en plus utilisés, les mots « cadre » et « cadrer »…signifient souvent pour les professionnels l’obligation (y compris par la coercition ») pour un résidant de se plier aux règles de vie et de fonctionnement, règles écrites et parfois… non écrites…
La « sanction » prend alors une place privilégiée afin de venir faire comprendre à l’autre l’obligation formelle  de ne pas sortir du "dit cadre"…

Il me semble que la seule application d’un « cadre » (parfois défini dans un protocole spécifique à un usager) ne doit pas « résumer » l’intervention des professionnels.
Il y a confusion entre les règles de vie socialement admises, fétichisées, et l’importance pour que la vie soit possible (pour chacun un à un et pour tous « ensemble ») de les faire vivre au quotidien.




L’essentiel pour un éduc est de permettre à chacun d’intégrer ces règles « humanisantes » et de développer les interventions, passerelles, éducatives qui favorisent cette intégration, en tenant compte des difficultés/capacités de chacun.

En effet les résidant(e)s me semblent avoir besoin de limites, de repères…mais justement pour intégrer ces limites, ces repères (psychiques personnels ou sociaux)…ils ont surtout besoin  de passerelles, d’étayages personnalisés patiemment construits et fréquemment évalués…

Certes, nous faisons « butée » quand la « toute puissance » se manifeste, nous signifions concrètement les « limites » de l’agir (à l’égard de soi même ou à l’égard des autres) à ceux qui sont « perméables », ne savent ou ne peuvent à des moments donnés contenir leur « être » de façon bien définie, nous posons le « non » structurant quand cela est nécessaire…

Mais nous ne perdons pas de vue que si l’un de nos objectifs est que ces personnes intègrent, ce qui parfois leur fait défaut, pour vivre et habiter de façon plus apaisée le quotidien (justement fait d’usages, de règles, de contraintes, et de rapports aux autres)...nous le faisons en leur permettant également d’exister/s’affirmer comme sujet humain différencié/séparé, parlant (quelque soient les capacités verbales) et désirant…

Aussi, aujourd’hui, j’aime utiliser tout autant le terme d’ « étayage » que celui de « cadre »
dans mon exercice professionnel.


Etayages…

Ce sont tout ce que nous pouvons mettre en place le long d’une journée, actions parfois minuscules, paroles simples,   ou présentation d’ « objets » au bon moment, qui soutiennent la personne, rythment sa vie de façon contenante et sécurisante et parfois contribuent à éloigner l’angoisse qui déstructure.

Ce cadre, fait d’objets concrets et de paroles,
 fait « bordure » …au sujet…
Nous sommes alors loin de sa « compréhension/réduction » principalement coercitive.

Nous sommes alors plus proche du sens même du mot cadre…
tel que le définit le petit Robert…
et nous éloignons du sens « tauromachique »
du mot cadre qui fait frémir !

 

 

 

 Dans le "Petit Robert"..éclairages.

 

Cadre

  •       Bordure entourant une glace, un tableau, etc.

  •      Ce qui circonscrit, et par ext. entoure un espace, une scène, une action

  •    Structures imposées par la nature, la réalité (à la pensée), par les institutions (à la société), etc

Cadrer

  •    Aller bien avec qqch

  •   Disposer, mettre en place

  •  Tauromachie. Immobiliser (le taureau) avant de l'estoquer. Taureau cadré.

 

Etai

  •   Marine. Cordage tendu de l'avant du navire à la tête d'un mât et destiné à consolider ce mât contre les efforts qui s'exercent de l'avant à l'arrière

  • Grosse pièce de bois, de métal destinée à soutenir provisoirement

  • Fig. appui, soutien.

 

Etayer

  •        Soutenir à l'aide d'étais.

  •        Fig. Appuyer, soutenir.


 

 


par catherinepolet publié dans : Regard critique
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Dimanche 4 décembre 2005

Noël: "Prépar-hatifs"...ou "prépar-actifs" !

 

 

Nous disons facilement des résidant(e)s  qu’ils ne se repèrent que très difficilement dans le temps…

Ne sachant pas lire, ils doivent, encore plus, que ceux qui déchiffrent l’écrit, s’accrocher aux multiples indices que leur fournit l’environnement : celui proche de l’institution ou de leur familles, celui  plus large accessible lors des sorties, des courses et activités extérieures, sans oublier la télévision…

Bien sur, il y a aussi les signes visibles que nous mettons en place pour les aider à baliser le temps (planning de pictogrammes, événements « repères » rythmant la vie et permettant de d’appréhender concrètement où on en est de l’enchaînement du temps et des saisons..).

 
Et si je regarde de plus prés la période d’avant Noël…je peux s’interroger sérieusement sur cette fameuse capacité que les gens dits « adaptés », « normosés » ont à se repérer dans le temps, à s’inscrire dans son déroulement.

 
A peine avons-nous eu le temps de penser aux personnes connues et aujourd’hui mortes, que la grande mise en scène de Noël se met en place dans les magasins et lieux variés de la consommation…


Crèches, guirlandes traditionnelles ou lumineuses, gros paquets en devanture, impossible d’y échapper quand on  va acheter six œufs et trois stylos.

Comme il y a à partir de la mi-novembre beaucoup de monde dans les magasins, et que tout est en place bien plus tôt…grande est la tentation de faire ses achats à l’avance.. pour « gagner du temps ».



Ce qui peut donner en Foyer Occupationnel, « dépenser l’argent des résidants sans eux »…pour ne pas les « énerver à l’avance »  et de « toutes façons après il y a trop de monde et ils ne seront pas à l’aise »…
Donc, ce qu’il reste de leur argent personnel annuel…sera dépensé pour  leur faire plaisir,car évidemment, nous savons ce qui leur fera plaisir.

Pourtant dans cette situation de Noël, de dépenses de fin d’année il a tellement de choses possibles : faire un choix en fonction de ses possibilités financières, préparer l’achat attendre l’accompagnement qui permettra la concrétisation, réaliser que ce que l’autre résidant du groupe a acheté vous fait très envie  et accepter de garder l’idée pour plus tard, séparer ce moment de la fête de Noël  à venir…Bref vivre ce que tout un chacun, ayant accès a minima à la consommation, vit en France en ces mois de Novembre, Décembre. Bien sûr, pour beaucoup cela ne peut se vivre sereinement sans un minimum (et parfois maximum) de soutien, d'attention éducative,d’étayages…C’est dans la construction de ces soutiens là (personnalisés) que réside le travail d’une équipe…et pas dans le « faire plaisir » (ou comment se débarrasser « des bonnes mères » pour migrer vers «  les mères suffisamment bonnes ! »), le « faire pour ».

 

Et puis pour en revenir  à la capacité à se repérer dans le temps, la vie en internat complique les choses : pour tous il y a deux fêtes de Noël : celle de l’institution et celle qui se passe vraiment le jour de Noël, en famille où à l’institution. Là, un bon vieux calendrier de l’Avent s’avèrerait fort utile…et permettrait de voir le temps se dérouler du premier au vingt cinq décembre. Encore faut il en trouver un  en lien avec les représentations traditionnelles de Noël, car pour beaucoup d’entre eux il faut être fort pour voir le lien entre l’imagerie proposée et Noël !

 

Enfin les fêtes de fin d’année sont aussi l’occasion de rentrer dans des circuits d’échanges, où une fois adulte…on devient  non seulement celui qui « reçoit », mais aussi celui qui « reconnaît sa dette » à l’égard des autres (parents, famille, amis) et devient capable de « donner ».  Là encore, il ne s’agit pas de « faire plaisir aux familles » (l’échange se déplaçant, de  « l’échange  résidant/famille » à « l’échange  équipe/famille »…le résidant se trouvant une fois de plus « hors jeu », dans l’impossibilité de prendre sa place).

Il s’agit de  saisir/travailler/accompagner  ce moment possible, où à travers l’échange de cadeaux faits par les uns et les autres à ceux à qui ils « tiennent » et « veulent le montrer », les résidants  se situent comme sujets, « adultes », dans leurs relations familiales et humaines.

 

Guirlandes et sapins, repas et fêtes de Noël …
Des moments  à réfléchir, vivre et partager
 tout en restant "éducs"...

par catherinepolet publié dans : Tranches de vie
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Samedi 3 décembre 2005
 Tranches de vie: Concours de dessin...




Cette semaine, remise des prix du "concours de dessin" annuel de l’institution…

 Les dessins retenus serviront à  faire les cartes de vœux de l’établissement.
Jusque là, rien que du banal.


Si ce n’est que le directeur …dût remettre en guise de prix aux « artistes » de l’année 2005…une peluche du meilleur effet !!!

Passé le moment de la colère, de l’indignation (serons nous payés en peluches le mois prochain ?)...il reste à nous interroger, à réfléchir et à travailler.

Comprendre pourquoi nous pouvons autant « déraper »...

De tels événements, me semblent souvent banaux , récurrents, dans les lieux accueillant des personnes, dites entre autres, « déficientes intellectuelles »…Violences ordinaires, acceptées, minimisées .

Moments ou le sujet disparaît pour n’être plus que "l’éternel enfant", le « simple » ne sachant ni lire, ni compter, se satisfaisant de peu, si peu !

Moments où les actes, paroles, actions et créations des usagers comptent « pour de faux »,  suscitent notre sourire amusé et condescendant…

 

Ce micro événement/ratage  institutionnel   soulève, (au moins) deux questions essentielles :

 

Tout d’abord celui de la « reconnaissance » et de la « considération » que nous portons au travail (créatif dans ce cas précis ») fourni par un usager d’établissement médico-social.

Les résidant(e)s se sont investi(e)s dans ce concours de dessin, ils y ont passé du temps : celui pour acheter feuilles et matériel nécessaire, celui de la création, celui du choix du dessin à présenter, celui du « vote » face à l’ensemble des dessins produits dans l’ensemble de l’établissement… Certains ont du lors des résultats faire face à leur déception : accepter de concourir, c’est aussi accepter de perdre et de reconnaître celui ou celle qui a été  choisi(e).

Les dessins/peintures retenues seront le support des vœux que l’établissement offrira en janvier 2006.

La distribution de babioles pelucheuses, fluorescentes et fournies gratuitement (par un magasin quelconque nous confondant sans doute avec la crèche la plus proche) vient se moquer de la créativité et du travail engagé  par les usagers de l’établissement. Quelques amies ou membres de ma famille exposent parfois leur toiles…a ce jour leur minime contribution à l’art pictural ne s’est jamais traduite en peluche ou carambar !

 

Enfin abordons la question du « sens ».


Le travail éducatif consiste souvent à « accrocher » du sens, à permettre que des événements, des actions se lient entre eux pour faire sens…

En l’occurrence quel est le lien entre « concours de dessin » et peluche » aucun !

D’ailleurs plusieurs résidants du groupe ou j’interviens (ceux pour qui la vie est plus compliquée, les choses plus difficiles à articuler entre elles)  n’en sont pas « revenus », plusieurs heures après ils me demandaient encore pourquoi ils n’avaient pas eu de peluches, n’arrivant pas a faire le lien avec le concours de dessin…malgré mes tentatives de resituer l’événement.
En fait comment expliquer l’inexplicable, l"insensé" !

 Travailler sur le « sens » et la « reconnaissance »…

Des crayons, feuilles, peintures,
bref tout ce qui contribue matériellement à accroître et encourager la créativité des usagers, leur expression (avec ou sans notre accompagnement) l’aurait permis.
A condition que la réflexion,
la quête du sens inséparables de l'action éducative ne nous fassent défaut!

 
 

Un dernier mot sur l’essentiel de ce qui surgit tapi de cette petite histoire de peluches : c'est-à-dire la difficulté à penser l’autre comme sujet humain  ( mosaïque comme  tout  humain), et la coexistence  de ces deux termes adulte et handicapé.

Le choix de la peluche n’est pas anodin, il vient renforcer la représentation de la personne vivant en foyer dit « occupationnel »  comme avant tout « infantile ». Les difficultés intellectuelles et psychiques des résidants viennent gommer l’ensemble de leur « être », il sont réduits à cela, « enfants perpétuels ».
Et lorsque des actes sont posés, qui nous font voir un des multiples autres aspects de leur personnalité (en l’occurrence en ce cas précis, la capacité à produire une œuvre procurant un plaisir à ceux ou celles qui la regardent..), celui-ci est vite « éjecté » de nos représentations.. pour faire place à nos représentations habituelles et simplificatrices .

Et cela n’est pas la moindre des « violences » exercées à leur égard.


Dans la «mosaïque personnelle» du résidant en Foyer occupationnel, la déficience intellectuelle, les difficultés psychiques ne sont  qu’une pièce (parmi d’autres…) de son puzzle…

Si je la nie, je ne peux avoir une représentation réalistement approximative de la personne que je vais rencontrer, accompagner et parfois étayer…

Mais si j’élimine les autres pièces du puzzle pour ne garder que celle-ci…la représentation que j’ai d’elle en sera tout autant sûrement faussée…et la rencontre, l’accompagnement et l’éventuel étayage tout autant impossible.

par catherinepolet publié dans : Tranches de vie
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Dimanche 13 novembre 2005


A propos du libre choix...
et de son exercice!



Pour préparer les journées de travail 2006 du CREAI sur la question du libre choix des usagers en Foyer de vie, nous avions un questionnaire  à remplir au niveau de l’établissement.

Ce questionnaire concernait :

  • Les possibilités concrètes de choix au quotidien (hygiène, repas, habitat, loisirs, activités, consommation..),

  •  L’estimation de ce qui se fait, de ce qui semblerait faisable  ou   souhaitable…ainsi l’énumération de ce qui semble y faire obstacle

  • Le regard porté sur la pertinence des choix effectués par les usagers par les professionnels, ainsi que l’évaluation qu’ils en font..

Nous pouvions joindre les réflexions que nous inspirait ce questionnaire…ce sera l’objet de ce billet..

 


L’institution où je travaille n’est pas un simple lieu d’ « hébergement » !!!!


Tout d’abord une première remarque, les personnes résidant(e)s au Foyer Occupationnel du CB ne présentent pas le plus souvent uniquement une déficience intellectuelle…cela me parait particulièrement important lorsqu’on aborde la question du choix qui me semble intimement liée au positionnement de chaque individu comme sujet humain, comment il se débrouille avec ça et comme on le soutient (par notre intervention  éducative, thérapeutique…) pour qu’il avance sur cette voie. Certaines personnes sont confrontées à la psychose (dite déficitaire), l’autisme, ou des difficultés psychiques variées…quand d’autres le sont à la « normose »…en lien ou non avec une déficience intellectuelle. Quand une personne a du mal à exister, tout simplement, à habiter avec « sens »  les actes courants du quotidien…il s’agit plus souvent de construire des étayages qui lui permettent de tenir debout (somme sujet « séparé, individué »)… Ces étayages, en fournissant des repères externes à une personne (qui a un mode interne « dispersé »), un « rythme  de vie », ne permettent pas tellement d’introduire la notion de choix…tout simplement pour que le quotidien se déroule  avec moins d’angoisse…

 

Si la question du choix, de l’exercice des droits au quotidien d’une personne, handicapée ou non, est essentielle dans le travail éducatif, elle ne peut faire l’impasse de partir de chaque résidant, un par un…de construire les passerelles nécessaires pour que ce droit soit réellement effectif (pas une simple proclamation pieuse qui ne durera pas…). Elle suppose pour être réellement travaillée de tenir compte du parcours de chacun, d’en faire un des points du projet individualisé (en voyant ce qui peut être travaillé pour chaque résidant pour que ce droit/liberté soit accessible a minima.

 

  Sur quelques obstacles au développement de cette liberté ou de son accessibilité...


Du coté de l’encadrement et des usagers...

L’exercice du choix des résidant(e)s touche aux zones de pouvoir des professionnels, zones de pouvoir inconscientes mais bien matérialisées concrètement pour les usagers. Par exemple lorsque les usagers disent leur mot sur l’utilisation de l’argent du groupe (autrefois « zone réservée à l « équipe », lorsque le choix de l’environnement (vaisselle, canapés, aménagement divers,…) se fait avec eux (avec une matérialisation visible de leur avis…), lorsque la participation aux loisirs est libre…Il y a des résistances importantes…Car l’on s’aperçoit que cela modifie nos pratiques, nos façons de faire, oblige à construire projets et actions différemment (par exemple prendre plus de temps, renoncer à des idées qui nous emblaient intéressantes…mais pas du tout à l’usager). Cela explique que cette question du choix est souvent un « enjeu » dans les équipes de travail et cela dans tous les domaines de la vie du résidant (activité, consommation, loisir, habitat, sexualité, relations…)

Pour mon mémoire d’éduc, j’avais travaillé un questionnaire sur cette question du choix auprès de mon équipe de travail d’alors. J’en avais retiré, entre autres, que plus on était prés des domaines basiques de vie, davantage en lien avec la « fonction maternelle » (nourriture, santé, toilette) la question du choix des usagers était considéré peu pertinent  et difficile à mettre en œuvre…par contre sur les questions de consommation ou de loisirs, elle paraissait plus facile. Plus l’on s’éloigne des besoins « vitaux », essentiels (ou en lien avec « la préoccupation maternelle primaire » ou « dévotion maternelle »  dirait Paul Fustier), plus place est laissée à l’avis de l’usager. L’avis de l’usager est principalement requis dans les domaines du loisir, du supplément, l’essentiel étant assuré par l’institution et les professionnels qui y travaillent. L’institution, l’équipe tendent à fonctionner dans le prolongement d’un modèle familial protecteur, maternant. Sans nier que les personnes accueillies nécessitent souvent un accompagnement important sur ces besoins vitaux, il m’avait semblé qu’on pouvait faire un lien entre un encadrement parfois en « overdose » de « fonction maternelle » …et l’incapacité à imaginer du manque, de la séparation, de l’individuation…du choix dans ces moments là !!!

   L’exercice du choix dans un groupe suppose que chacun se positionne bien sur sa place…choisir quelque chose, c’est aussi encourir le risque que cela ne soit pas possible…donc de la part des encadrants d’expliciter leur réponses, d’en rendre compte d’une certaine façon aux usagers…et de devoir faire face à la frustration que cela peut engendrer. Mais n’est ce pas là une action qui p